L’égalité des chances : une priorité grandissante

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[BLOG PRISMO – Article #07] L’égalité des chances : une priorité grandissante

L’égalité des chances apparaît aujourd’hui comme la figure dominante de la justice sociale, une équité dont la France est très attachée. Ce modèle cherche à faire en sorte que les individus disposent des « mêmes chances », indépendamment de leur origine sociale et ethnique, ou de leur catégorie socio-professionnelle. C’est le droit de faire ses preuves et de réussir tout en n’étant pas prisonnier de son milieu ou de son statut. Cette justice tend donc vers une équité de traitement et implique que les inégalités liées au milieu d’origine soient neutralisées.

Un besoin d’égalité des chances en France

La France serait championne des inégalités. Pourtant, il s’agit d’un des pays européens qui dessert le plus de diplômes de l’enseignement supérieur au sein des générations récentes, devant l’Espagne et l’Allemagne. C’est également l’un des territoires qui compte le moins de sortants précoces du système scolaire, devant l’Allemagne également.

De plus, il y aurait moins de reproduction sociale en France vis-à-vis des autres pays, c’est-à-dire une transmission de la position sociale d’une génération à une autre. En effet, seulement « 22% des enfants de parents peu diplômés [niveau troisième au maximum] sortent du système scolaire aussi peu diplômés que leur parents, contre 50% en Allemagne et en Italie ». Ce taux traduit un début de fluidité sociale, avec de meilleures possibilités d’emplois pour les étudiants.

L’Etat français veut donc favoriser cette dynamique positive de fluidité sociale déjà existante et tendre vers une justice plus équitable dans l’enseignement supérieur.

 

Un programme public pour l’égalité des chances dans l’enseignement supérieur

Les pouvoirs publics multiplient les mesures pour tendre vers une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur. En effet, un programme d’ouverture sociale a été mis en place dans les écoles. Il accorde divers avantages à de jeunes lycéens issus de groupes défavorisés, afin de faciliter leur accès aux filières sélectives de l’enseignement supérieur. Faire bouger les choses et donner une priorité au combat contre les inégalités sont à l’origine de cette initiative.

Ce dispositif mérite d’être généralisé à grande échelle pour être réellement efficace. En effet, il a permis d’accueillir des élèves qui avaient été pendant longtemps exclus, et les chiffres d’insertion de ces jeunes pourraient selon eux progresser d’ici quelques années.

Cependant, ces politiques d’ouverture sociale paraissent limitées, en raison de l’ampleur des inégalités et des difficultés pour les établissements supérieurs à changer leurs financements ainsi que leurs modalités de recrutement.

Les avis sont donc partagés quant aux mesures prises et à leur efficacité pour réduire ces inégalités.

 

Des efforts pour démocratiser l’accès aux études supérieures

Depuis quelques années, on assiste à une massification universitaire avec l’ouverture de l’enseignement supérieur pour les jeunes de tout origine.

Cet accroissement des flux étudiants est en partie lié aux efforts fournis pour intégrer les populations délaissées, mais résulte aussi d’une forte demande sociale de formation. De nos jours, l‘instruction supérieure apparaît comme un facteur de promotion sociale pour les familles. Les élèves sont donc de plus en plus demandeurs pour suivre un cursus. En effet, on constate que les catégories sociales défavorisées accèdent plus largement à l’éventail des formations supérieures, ce qui leur assure un diplôme pour une plus grande mobilité sociale.

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La massification universitaire et le nombre croissant d’étudiants diplômés (crédit : StockSnap)

 

En revanche, l’augmentation du nombre d‘étudiants et de diplômés a profité aux enfants d’ouvriers, mais aussi aux enfants de cadres. On constate donc que la représentation dans l’enseignement supérieur des catégories sociales les plus favorisées reste bien supérieure à celle des catégories défavorisées. Un bilan qui soulève une raréfaction de la présence d’enfants ouvriers plus on avance dans les cursus d’études supérieures.

L’objectif d’arriver à une forme de démocratisation dans les filières les plus longues n’est pas encore atteint.

 

Des inégalités encore bien présentes

Les inégalités sociales d’accès à l’enseignement supérieur et en particulier aux grandes écoles ne baissent plus. En effet, la part dans les classes préparatoires aux grandes écoles, des enfants d’ouvriers et d’employés, qui représente 40 % des jeunes, n’a pas changé depuis la fin des années 1990. Les filières sélectives sont toujours aussi peu accessibles. C’est particulièrement le cas pour intégrer des écoles d’ingénieurs et des écoles de commerce par exemple. En effet, le recrutement ne change pas. La distribution des élèves dans les diverses filières reste déterminée par leurs origines sociales.

Les jeunes issus de catégories socioprofessionnelles favorisées sont davantage présents dans les filières sélectives, que ceux ayant eu une scolarité en zone sensible. Ces derniers choisissent plus souvent des métiers demandant moins de qualifications. Ce sont également eux le plus souvent qui échouent et quittent l’école sans diplôme. Un constat alarmant qui met en lumière une sous-représentation de ces étudiants.

De plus, comme abordé dans un article précédent, il est souvent difficile de trouver sa voie compte tenu des diverses filières proposées. Le fait d’être catalogué par son origine sociale à l’entrée de ces écoles va décourager ces jeunes, et les contraindre à se tourner vers des métiers plus accessibles pour eux, mais qui n’étaient pas leur choix initial.

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Des élèves découragés face à un recrutement ciblé (crédit : Pixabay)

Une volonté de tendre vers l’égalité des chances

Certaines associations se sont créées et ont pour vocation de lutter contre ces inégalités dans l’enseignement supérieur. C’est le cas de la Fondation Dauphine, qui a pour but d’inciter les établissements à mettre en œuvre des dispositifs innovants pour favoriser les chances d’intégration des jeunes étudiants défavorisés. Pour rétablir l’égalité des chances, elle souhaite tendre vers une meilleure information, en partenariat avec les établissements secondaires, des élèves qui souhaitent poursuivre un cursus d’enseignement supérieur. De plus, elle préconise une détection précoce et un accompagnement plus efficace des étudiants qui en éprouvent le besoin dès les premiers signes de difficultés. Cette action se traduit par des cours de renforcement, en vue d’une amélioration des taux de réussite en 1er cycle. Enfin, elle souhaite faire participer le monde des entreprises à ce dispositif en les incluant directement pendant la formation. Avoir un parrain professionnel va conforter les étudiants dans leur choix de filière et leur redonner confiance en eux.

Ces associations apparaissent donc comme une opportunité parallèle aux dispositifs publics pour soutenir les élèves issus de milieux plus défavorisés et leur permettre ainsi d’accéder plus facilement aux formations supérieures.

Pour conclure, l’égalité des chances est un modèle de justice sociale. Cependant, le mérite individuel ne prend pas en compte les inégalités sociales, dans la mesure où ce sont les plus méritants qui occuperont les meilleures positions. Le moteur de réussite reste l’élève lui-même. C’est l’envie, la détermination et les efforts fournis qui feront la différence entre les étudiants, peu importe leur milieu d’origine. L’effort conjoint entre l’action gouvernementale ainsi que les initiatives annexes telles que les associations permettent graduellement d’assurer ces conditions équitables. Il doit assurer les chances de réussite pour tous les étudiants, quels que soient leur situation familiale, ou leurs origines sociales.

Sources :

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