La gig economy : l’avenir du marché du travail

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[BLOG PRISMO – Article #01] La gig economy : conséquence de la révolution numérique que nous vivons

Le monde du travail tel qu’on le connaît doit sa configuration à la Révolution industrielle du XIXème siècle. Il repose principalement sur des contrats à long terme, gages de confiance et de sécurité pour le travailleur ; mais une nouvelle tendance se met en place aujourd’hui, avec l’émergence de la Révolution numérique : désormais, les jeunes travailleurs ne recherchent plus la stabilité et la durée des emplois, mais le court terme et la flexibilité des horaires. C’est pourquoi la gig economy connaît un développement fulgurant.

 

Gig economy, slashers : à quelles évolutions doit-on s’attendre ?

« Gig”, en anglais, signifie concert. Ce terme renvoie à une nouvelle approche du travail qui favorise la pluralité des emplois, multiplie les sources de revenu et repose sur l’accomplissement de la mission confiée, à l’image des artistes ou des intermittents du spectacle. L’expression “gig economy” s’étend ainsi à tous les emplois de court terme et aux travailleurs qui gagnent leur vie en enchaînant des missions rapides et variées, ce qui leur confère un statut de travailleur indépendant plutôt que le traditionnel statut d’employé.

Crédit : ladn.eu

Pour Albert Meige, détenteur d’un MBA d’HEC et fondateur et CEO de Presans (qui met en relation des entreprises et des experts), cette nouvelle économie du travail s’impose à cause de l’élévation du nombre de ceux qu’il appelle les “slashers” : ceux qui ne souhaitent pas un emploi à temps plein, synonyme d’ennui et de contraintes, mais cherchent plutôt à enchaîner des missions qui les intéressent tout en ayant un contrôle total sur leur temps de travail et donc, sur leur temps de loisir également.

Ces slashers sont déjà une centaine de millions en Europe et près de 60 millions aux Etats-Unis, ce qui représente environ ⅓ des travailleurs, et devraient atteindre 40% des travailleurs d’ici 2020, selon des études menées par LinkedIn et Intuit (une entreprise de développement logiciel). Une prédiction qui n’a rien d’étonnant quand on remarque l’enthousiasme des gig workers pour cette nouvelle division du travail numérisée.

 

Les raisons d’un tel attrait pour la gig economy

Pour les travailleurs, ce nouveau marché du travail est source de liberté et de choix : selon une étude de EY, cabinet d’audit financier, 80% des travailleurs apprécient la flexibilité offerte par la gig economy, et les études de LinkedIn et Intuit ont montré que 46% des travailleurs aimaient surtout la possibilité de gérer leur emploi du temps selon leurs envies, tandis que 35% des interrogés ont mis en avant l’équilibre vie personnelle / vie professionnelle permis par ce type d’emploi.

Mais ce ne sont pas les seuls à bénéficier des avantages que la gig economy procure : les employeurs ne sont en effet pas en reste. Pour 56% d’entre eux, c’est l’occasion de faire des économies en s’offrant ponctuellement les services d’experts qu’ils ne pourraient rémunérer sur une longue période. Ils peuvent de plus trouver rapidement un prestataire parmi des centaines de profils, et économiser en termes de formation et d’espaces de travail, mais l’atout principal de cette économie d’échange marchand de compétences repose sur le statut des travailleurs : en ne les faisant pas travailler en tant qu’employés, les entreprises n’ont plus à leur offrir de congés payés, de congés maladie ou une quelconque protection. C’est pourquoi 55% des entreprises interrogées par EY affirment que l’intérêt d’employer des gig workers réside dans les économies de coûts du travail que cela permet.

Cette absence d’obligations n’est cependant pas du goût de tous, et elle est remise en question par certains qui s’inquiètent des droits des travailleurs.

 

Une perspective d’avenir peu rassurante pour certains

La sénatrice Elizabeth Warren, démocrate, est loin d’être convaincue par la “soi-disant gig economy”, qui selon elle est surtout un prétexte qu’ont trouvé les entreprises pour pouvoir avoir des travailleurs sans les contraintes financières allant normalement avec, et maximiser ainsi leurs bénéfices. La sénatrice a fait écho au discours d’Hillary Clinton, qui avait déjà abordé la question de la protection du travail dans ce contexte.

Uber s’est étendu à la livraison de nourriture, domaine qui recèle de gig workers (crédit : eat-marketing.co.uk)

Ces inquiétudes sont partagées par les gig workers : 68% d’entre eux sont préoccupés par l’absence de couverture médicale, de congés maladie, de congés payés et de droit à la retraite. Sachant qu’ils n’ont également aucun recours en cas de licenciement abusif, certains en viennent facilement à considérer ces emplois comme une nouvelle forme d’exploitation. C’est pourquoi certains gig workers décident de saisir la justice pour obtenir le statut d’employés, comme l’ont fait les chauffeurs d’Uber au Royaume-Uni fin 2016, qui ont d’ailleurs eu gain de cause. La question du statut s’impose donc comme un challenge majeur pour les entreprises, qui devront parfois innover et proposer des alternatives à leurs travailleurs pour satisfaire leurs demandes.

 

S’adapter à ce nouveau marché du travail

Qu’on y soit favorable ou non, la gig economy reste une évolution incontournable du marché du travail à laquelle il faut se préparer, afin d’en tirer profit sans qu’elle nous nuise. Pour cela, il vous faut être conscient des atouts et des risques que chacun des marchés présente, et les utiliser à votre avantage en alternant entre les deux selon les besoins que vous aurez à différents moments de votre vie : gagner de l’argent ponctuellement et rapidement ou obtenir une situation professionnelle stable, améliorer des compétences encore limitées ou utiliser des compétences solides dans un travail de long terme… La bonne nouvelle : cette démarche est facilitée par les nouveaux acteurs qui émergent en même temps que la gig economy, tels que le portage salarial et les plateformes de mise en relation. Ainsi, que l’on soit très qualifié ou encore étudiant, que l’on ait de nombreuses expériences ou que l’on se lance à peine sur le marché du travail, chacun pourra y trouver son compte.

 

Pour aller plus loin :

 

Sources :

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